Le gouvernement de soi. Une critique de l'implication
Le capitalisme post-fordiste développe une "technologie" de la participation / implication afin d'intégrer plus fortement les individus à son mode de fonctionnement. Que recouvre cette volonté de faire participer, l'injonction qui est faite à chacun de s'impliquer dans ce qu'il entreprend ? L'entreprise préconise de nouvelles formes de mobilisation de l'homme-au-travail à travers ses conceptions productives (organisation par projet, contractualisation sur la qualité...) et sa gestion des ressources humaines (bilan de compétence, contrats d'objectifs...).
La politique publique n'échappe pas à cette rhétorique de l'implication. Nombre de politiques incluent aujourd'hui une obligation d'engagement de la part de l'usager, en particulier sous la forme de contrats d'insertion ou de projets de formation.
Nous qualifions de "surimplication" cette obligation de toujours attester ce que l'on fait (contrat), ce que l'on est (bilan) et ce à quoi l’on aspire (projet). Cette mise sous tension de l'existence et ce rapport oppressif à soi caractérisent les nouvelles formes de contrainte et de domination portées par le capitalisme contemporain.
Dans une perspective foucaldienne, nous montrons que cette technologie de l'implication relève d'un mécanisme de pouvoir bien spécifique, qui prend pour objet la vie elle-même et qui s'efforce de maximiser l'aptitude des individus à interpréter et à juger de leur conduite.

BIBLIOGRAPHIE

Ce travail a donné lieu à la soutenance d'une thèse en science politique intitulée Critique de l'implication (L'implication de l'usager, l'exemple des politiques d'insertion), sous la direction de Jean-Marie Vincent, en 1996 à l'Université Paris 8.
Elle a été publiée sous une forme remaniée et complétée : L'implication, une nouvelle base de l'intervention sociale, L'Harmattan, 1996, 172 p.
Dans le fascicule Variations sur le thème associatif (p. 13-15), nous interrogeons, à propos d'une oeuvre de Slimane Raïs, une technologie de l'implication qui s'est totalement banalisée : la rédaction d'un CV, un écrit dans lequel chacun est invité à faire la part des choses entre soi et soi, entre ce qui pourra être valorisé et ce qui devra être tu. Pour télécharger cette brochure se reporter page Publications

POUR POURSUIVRE

Josep Rafanell i Orra intègre cette problématique de l'implication dans son analyse du travail social et la remet en perspective à partir des travaux de Foucault et Deleuze in "Des rencontres dans le travail social", Futur antérieur n°41-42, éd. Syllepse, 1997, p. 127 à 144 (l'article de Josep Raffanell i Orra est accessible sur le site de la revue Multitudes, se reporter aux Archives de Futur antérieur)

Anne Perraut Soliveres dans son ouvrage "Infirmières, le savoir de la nuit", Presses Universitaires de France, 2001, confronte les notions d'implication et de surimplication, à partir des travaux de René Lourau, et regrette que la dimension du plaisir ne soit pas suffisamment prise en compte dans cette articulation sensible entre implication et surimplication (Cf., dans son ouvrage, la section III du chapitre 3 : L'implication comme préalable, p. 233 et sq). De ce point de vue, un autre reproche pourrait nous être adressé: avoir développé ces notions indépendamment de toute réflexion sur leur caractère sexué.

Dominique Samson intègre les notions de surimplication et de technologie de l'implication dans son analyse des pratiques d'écriture associées aux dispositifs d'insertion et de recherche d'emploi (lettres de motivation), in "Les technologies de l'implication : une dérive productiviste dans la présentation de soi", Éducation permanente n°162, mars 2005, p. 51-63 (pour consulter cet article, se reporter page En débat..., rubrique "Implication")
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