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Une sociologie de la rencontre
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Loin de constituer une matière pour la recherche, la multitude des pratiques, des savoirs et des expériences représente autant d’opportunités de "rencontre" à l’occasion desquelles la sociologie va construire son propos. Énonciation sociale et énoncé sociologique interagissent alors sur le même plan – le plan méthodologique et épistémologique de la "rencontre" elle-même. En aucune façon, la sociologie ne saurait se situer en surplomb et de cette hauteur épistémique juger des autres conduites sociales. La vocation de la sociologie est autre ; elle peut contribuer à l’émergence d’agencements pluralistes au sein desquels une multiplicité d’énoncés (artistique, urbain, éducatif, politique…) interagissent, se mettent à l’épreuve les uns les autres, convergent ou divergent. Il s’agit d’éviter l’empilement hiérarchisant des formations discursives, lié à des effets de légitimation qui octroient à certaines un privilège de raison, d’objectivité ou de vérité, et, inversement, à des effets de disqualification qui renvoient les autres à leur silence réflexif et analytique. Une autre micro-politique du savoir est possible qui verrait les différentes formations discursives s’envelopper mutuellement (une coopération) par un jeu d’interpellations réciproques, loin de l’arrogance d’une posture spécialisée (la sociologie) qui construit son propos à l’encontre des autres. Une même expérience (éducative, urbaine, artistique) implique une multiplicité d’énoncés : le motif de l’artiste ou de l’intervenant social, la signification que des usagers ou des habitants accordent à cette situation, la perspective politique qu’elle implique…, autant de formations discursives également justifiées auxquelles la sociologie peut s’associer, avec lesquelles elle peut coopérer sur le plan intellectuel qui est le sien, à savoir la problématisation d’une réalité sociale à partir de cette réalité elle-même. Le travail sociologique ne prétend pas ré-interpréter le propos de l’artiste ou de l’intervenant social, de l’habitant ou de l’usager, encore moins y découvrir une vérité masquée à laquelle seul le sociologue accèderait. Dans des dispositifs artistique, social ou urbain, extrêmement ouverts, traversés par de multiples lignes réflexives, la sociologie introduit "sa part de vérité", du point de vue qui est le sien, sans pour autant déconstruire les autres points de vue, sans pour autant déconsidérer leur efficace et leur pertinence. La question relève bien d’une micro-politique : comment problématiser une réalité sociale en tant que réalité sociale sans le faire au détriment des autres formations discursives agissant dans la situation ? Comment interpeller sociologiquement la multitude des énoncés (artistiques, urbains, politiques, sociaux) actifs dans une expérience sans laminer ces énoncés ? Comment éviter que la sociologie, son œuvre accomplie, ne laisse derrière elle un champ de ruines intellectuelles et discursives?
BIBLIOGRAPHIE
Cette "sensibilité" sociologique est particulièrement présente dans deux publications : - Variations sur le thème associatif, Association d’Associations, Villa du parc - Annemasse, 2002, 15p. - Pour parler - entre art et sociologie, rencontre avec Slimane Raïs, Presses Universitaires de Grenoble, 2002, 118 p.
POUR POURSUIVRE
Gérard Fabre interroge cette interférence entre art et sociologie dans son article "Pascal Nicolas-Le Strat et Pierre Lassave. Lecture croisée : Des interférences discrètes ou secrètes ? (Sociologies, arts et littératures)", revue Sociologie de l'art, Opus 6, 2005, p. 183 à 194. L'article de Gérard Fabre est téléchargeable, se reporter page En débat..., rubrique "Entre art et sociologie".
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