Politiques des savoirs
La fabrication des savoirs se développe à une échelle de masse. Faire œuvre d’érudition est une qualité qui ne se décline plus au singulier, à l’image du savant parfaitement au fait de son domaine d’investigation, mais devient l’affaire de plusieurs sur la base d’une coopération intellectuelle. L’érudition est une qualité intrinsèquement liée à la coopération.
A une époque d’intellectualité diffuse et démultipliée, le chercheur en science sociale s’acquitte de son activité à partir d’une double posture : une stratégie de coopération qui contribue au dépliement érudit des savoirs enfouis (la multiplicité des savoirs tout à la fois incorporés et enkystés dans l’action) et une stratégie d’alliance qui contribue au déploiement politique des savoirs disqualifiés (la multitude intellectuelle des savoirs-sans-part).
Dans cette optique, les savoirs du sociologue valident leur pertinence à la hauteur du risque qu’ils acceptent de prendre dans leurs relations aux autres savoirs sociaux. En matière de science sociale, les propositions ne sauraient être mises à l’épreuve d’un dispositif expérimental ; elles peuvent par contre, avec bonheur, se confronter aux autres savoirs d’expérience (ceux de l’habitant, de l’artiste, du citoyen, de l’intervenant social…) et se mesurer à toutes les connaissances qu’ils sont susceptibles de lui objecter.
Une autre politique du savoir est alors possible qui verrait la sociologie, non pas déconstruire les autres savoirs ou les constituer en matière de son propre travail, mais au contraire les solliciter dans leur pleine capacité et se mettre à l’épreuve de leurs énoncés et de leurs théorisations – en fait, se mettre à l’épreuve de toutes les objections qu’ils sont à même de lui opposer.
La question est à la fois politique et épistémologique: comment constituer ce "plan partagé" sur lequel les différents savoirs peuvent s’indexer, sans effet de hiérarchisation ni de disqualification, et sur lequel ils peuvent agencer leurs interactions ?, à savoir le plan de leur "rencontre", constitué en termes de réciprocité (la mise à l’épreuve réciproque des savoirs) et en termes de coopération (l’enveloppement mutuel des savoirs).

BIBLIOGRAPHIE

Cette problématique est travaillée dans :
- La relation de consultance, une sociologie des activités d’étude et de conseil, L’Harmattan, 2004, 251p.
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